J'écris comme d'autres vont voter, une habitude cyclique et laxative. Pas de plans, pas d'intrigue. Le point final intervient la plupart du temps par excès de fainéantise. Incapable de rester concentré trop longtemps et de structurer le délire. S'organiser c'est s'inventer un talent. Alors je griffonne euphorique, laissant certaines combinaisons de lettres me procurer quelques shoots d'adrénaline.. Impatient de jeter le papier froissé et raturé sans même me soucier de savoir qui se torchera avec.

J'ai le cul bloqué dans ce train. Pendant 4h30. Et pourtant je m'éclate. À ma gauche un duo mère-fils succulent. Elle, la soixantaine, retraitée relou qui a envie de parler avec n'importe quel être humain qui passe à sa portée. A déjà sévi avec le couple de derrière en déclarant avec une vaillante originalité que leur bébé était certainement "leur plus beau cadeau de Noel".. Lui, la trentaine, physique de geek sans pouvoir d'achat, resté dans le nid maternel bien plus que la date indiquée et fan d'Iron Maiden. Fils fidèle mais explosif, sa dévotion subie sent le cataclysme imminent. Il sourit mais sert tellement les crocs que je flippe de recevoir un éclat de molaire dans l'œil. Il sent la bombe humaine le lascar, un psycho en col roulé qui dézingue tout le monde sur un coup de tête. Une tuerie à l'américaine, froide et glauque. J'imagine déjà les médias en train d'interroger ses voisins sous le choc, évoquant un "jeune homme gentil et réservé".. Merde j'devrais peut-être me lever et lui tabasser sa gueule d'humanophobe..? Bon pour l'instant je l'aime bien le misanthrope. Il dort la face contre sa tablette. Même pas de mains pour adoucir le support.. La trogne à même le plateau. Il est bon le type. Le cadre métallique du "cale-boisson" est appuyé sur son front, et rien que pour ça il mérite de se réveiller. Ne serait-ce que pour contempler la forme de la tige imprimé sur son faciès encore boutonneux. J'en ris d'avance. 

Mon regard glisse vers le rang d'en face. Oui, je suis en position "couloir" ce qui libère mon champ de vision passager. Je m'attarde sur cet ensemble quatre places en duo face à face. Dans le 1er lot une femme mystère (je ne peux pas la distinguer de ma position) que j'imagine relativement vieille et en train de pioncer. À sa droite une cruciverbiste acharnée et frugivore. Elle ne semble vouloir croquer dans sa pomme que quand le silence est à son maximum. J'aime. J'arrive à l'entendre malgré le flow hyperspeedé de Busta Rhymes qui tabasse actuellement mes gentilles ouïes. Oui, il faut toujours une bande son. C'est nécessaire. Vital. En face de la consommatrice de grilles, un type qui mate son pc. On se jette quelques regards furtifs une fois toutes les vingt minutes. Histoire de se dire "écoute mec, j'te connais pas mais j'hésiterais pas à te molester l'aorte si tu testes trop". Un classique combat d'orbites, viril, stérile et codifié. Mais peu de chances que ça finisse mal, chacun a ses activités. Lui son film, moi en train de construire le mien avec le sarcasme de mes pupilles. 

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