2017 sera dégueulasse. Nous serons plus coriaces. (Travail et démocratie)

« Si t’es blanc, raciste et gros tape dans tes mains ! Clap, clap ! Si t’es blanc, raciste et gros tape dans tes mains… ! Clap, clap ! …»

L’Absurdité (elle mérite maintenant une majuscule) que nous acceptons et contemplons depuis des années a donné naissance à une nouvelle abomination. Un hybride d’inculture, de capitalisme cultuel et de xénophobie boueuse. Le pays de Mickey a choisi Donald pour président. Déjà y’avait un signe. Archétype du mégalomane milliardaire, le type exhibe sa richesse, sa beaufitude et assume sa vision raciste d’un monde qui n’attendait que lui. Trump c’est le méchant dans les films. A chaque nouvelle réplique tu te dis que là, cette fois c’est trop et tu pries pour que le gentil lui fasse regretter ses actes et ses paroles et le réduise à néant. Mais les gentils n’existent que dans les films. Trump c’est le croisement entre Biff Tannen, Gordon Gekko et Patrick Bateman. Le type dit qu’il va te baiser, te raconte comment il compte s’y prendre et il le fait. Il est l’auteur de propositions et prises de parole toutes plus crades les unes que les autres.

Mais… mais, malgré tout, les américains l’ont choisi… Alors quel est le fuck ? Qui diable pourrait expliquer cette hérésie à propos de laquelle nos chers médias bien informés ne cessent de s’étonner ?

Comment en est-on arrivé là ?

Le monde est « en crise ». Mot valise, leurre sémantique. Par définition une crise est censée être un état passager, un passage à vide qui verra naitre un meilleur lendemain. Ici la « crise » est le principe de fonctionnement, elle est le système même. Depuis quelques années ça pique un peu plus mais sinon rien de nouveau en Absurdie. Les inégalités, les privations, la frustration sont le moteur de notre système économique depuis des décennies. Créer des envies, des besoins, des dépendances. Consommer à outrance, programmer l’obsolescence. Tout le monde le sait. Mais ça continue de rouler car « c’est le meilleur système qu’on ait trouvé ». La Terre est pillée pour ses ressources énergétiques, la température monte, les pingouins n’ont plus de dance floor, des espèces entières disparaissent mais il y a des « climato-sceptiques », des types qui t’expliquent que c’est exagéré quand même et que tout ça c’et pour nuire à notre économie salvatrice. Il devient banal d’entendre dire que les rapports de salaire entre un ouvrier et le PDG d’une même entreprise sont de 1 à 100. Et il y a toujours un mec pour t’expliquer (sur une radio à une heure de grande écoute c’est mieux) qu’il faut comprendre que ce patron crée des emplois, qu’il a travaillé pour en arriver là et que, oui c’est excessif, mais pas tant que ça finalement… Plus c’est gros, plus c’est injuste et plus les chiens de garde aboient fort et en meute. Alors oui, 2017 sera dégueulasse. Les éditocrates brailleront plus fort, les politicards distilleront leur prêche en saisissant au vol les passions artificielles du moment, il y aura plus de pauvres, d’exclus et de gens qui meurent car d’autres se vautrent dans l’opulence et le revendiquent. Il y aura plus de selfies, de connasses à poil dans les clips, de « youtubers » qui n’ont rien à dire, Hanouna fera plus d’audience. Les journalistes dans des parodies d’interviews interrogeront les candidats qu’ils auront jugés « sérieux » et moqueront les autres, sans un soupçon d’autocritique. Les flics continueront d’assassiner des mômes et de s’en tirer à bon compte, les députés mafieux bénéficieront de l’immunité conférée par leur fonction pendant que les voleurs à la sauvette prendront du ferme pour l’exemple. On continuera de brouiller les pistes, de déguiser le racisme institutionnel en laïcité, d’interchanger les étiquettes, de confondre «le PS » et la gauche, de culpabiliser ceux qui ne veulent plus jouer selon les règles. Ca fait longtemps que la roue tourne dans ce sens. Et l’approche des élections en France, celle récente aux USA, les couinements en Autriche ne vont pas inverser la tendance. 2017 est déjà là et on connait déjà le scénario. On aime se moquer du Moyen-Age et de son prétendu obscurantisme… mais le XXIe siècle est d’ores et déjà l’âge du Vide, de la paresse et de l’abandon des corps dans le décor.

 

2017 sera dégueulasse. Nous serons plus coriaces. (Travail et démocratie)

Ca n’a pas l’air très attrayant vu d’ici. Mais ne nous y trompons pas, il ne s’agit ni d’abandon, ni de pessimisme mais bien d’un constat dressé pour établir un mode d’actions. Car si 2017 sera bien dégueulasse, nous serons plus coriaces.

La première des choses à faire est de s’autoriser à penser en dehors du cadre. Sortir de la spirale infernale qui impose une réflexion en circuit fermé. Il faudra fuir les ersatz de critiques qui s’auto-alimentent mais ne créent rien à part de l’aigreur et du fatalisme. Il faudra dire les choses telles qu’elles sont mêmes si certains les taxeront vaillamment de « simplistes » ou d’utopies (les utopies doivent rester l’objectif). Dire que les hommes et la planète meurent notamment du capitalisme, du travail et du salariat qui les enchaine. Ne plus tourner autour du pot, se défaire des réflexes d’autocensure imposé par un système que chacun a intégré bien gentiment. Et il faudra proposer et ainsi répondre aux détenteurs de la formule usée qui proclame que « malgré ses errances, le capitalisme est le seul système qui vaille ». Ce sont les mêmes qui pensent mettre fin à toute discussion en te demandant « et toi tu proposes quoi ? ». Alors il faudra leur montrer de quels bois on se chauffe et que leur argumentaire est périmé depuis des décennies. Les propositions sont légions. Il faudra les développer, les diffuser, les médiatiser. Il ne s’agira ni d’aménager, ni d’assouplir mais bien de détruire et de créer. Alors précisons tout de suite pour ceux qui seraient effrayés par le terme « détruire » qu’il suffit de créer quelque chose de nouveau pour détruire de l’ancien. Pas forcément besoin d’affrontements, de grand soir et de guillotine. Même si on la garde sous le coude, on sait jamais ;-)… (smiley inquiétant, hein ?). Il faudra nommer les ennemis, les faux-alliés et les capitaliseurs de chaos. Pas pour déclarer des chasses à l’homme mais pour identifier des discours, des argumentaires, des relayeurs et les contrer systématiquement.

Et il faudra nécessairement en finir avec ce concept épuisé de majorité toute puissante. La majorité élit Trump ou Fillon, elle aime les émissions de Cyril Hanouna, achète des perches à selfies, pense que les chômeurs vivent comme des princes des aides sociales… La majorité est un chiffre, une statistique, une masse obéissante et façonnée qui fait tourner docilement la roue et ronronne en rêvant du dernier écran plat. Son avis je m’en carre. Ya surement des nuances, certains doivent rêver de grille-pain ou de bagnoles j’imagine. Je refuse le sacrosaint culte de la démo-crassie, de la majorité braillarde et qui n’est citoyenne que pour diviser, nuire et haïr. Je déclare majoritaire toute idée qui façonne l’amélioration honnête et viable. Ça a l’air bancal et subjectif ? Tant mieux. Je m’assoie sur cette « objectivité de convenance » qui n’est rien d’autre qu’une manière supplémentaire de se soumettre et de déléguer. Etre « objectif », « réaliste », « pragmatique », « diplomate »… ça va plus être possible. Je conçois les risques et les critiques que peuvent engendrer un tel discours. Mais surtout toutes les possibilités et alternatives qu’ils peut dégager. Alors tout bien pesé, y’a plus d’hésitation.

Le capitalisme, avant d’être une norme, est une idéologie. Et comme pour toute idéologie, le matériau de base est une idée de la réalité. Ce n’est rien qu’une idée de ce qui doit être. Celle-ci a suffisamment démontré son caractère nocif et totalement incompatible avec l’épanouissement du plus grand nombre. Il est temps de se changer les idées. Tout commence ici. Penser. Faire le vide et penser. S’autoriser à le faire (comme le garantissent encore nos institutions et Florent Pagny). Penser pour déconstruire et façonner. On oublie qu’une norme a été nécessairement pensée et fabriquée, et c’est pas mal de le rappeler quand tant de gens confondent le normal et le naturel. La pensée a ceci de formidable qu’elle permet toute les créations et recréations. Une sorte d’ardoise magique spirituelle. Il est temps de secouer notre jouet. Le capitalisme est cette idée principale qui a choisi de concevoir la réalité exclusivement selon un angle économique particulier, angle dont dépendraient tous les autres. Car dans cette réalité, l’économique détermine le social et circonscrit le politique. S’il ne parait pas absurde de considérer l’économie comme un ciment du social (elle rationnalise les interactions), ça l’est en revanche de confondre économie et capitalisme. L’économie est un liant ? Un point de contact nécessaire pour organiser une société ? Soit. Pensons ce liant de manière à ce qu’il soit le plus « agréable » possible, le moins liberticide et le plus créateur de valeurs humaines ajoutées. Et puisqu’on est au cœur du système, attachons-nous à penser et repenser son ingrédient principal : le travail.

2017 sera dégueulasse. Nous serons plus coriaces. (Travail et démocratie)

Au-delà des régressions diverses menées par la plus belle brochette de fossoyeurs que la Terre ait jamais portée, je reste toujours autant stupéfait par les attentes et les revendications de la « jeunesse » (dont apparemment je ne fais plus partie). Les types veulent travailler. Travailler. Mais t’as pas des envies sinon ? des rêves ?... Si ?... Un CDI… ? Merde. On en est là. D’accord. Ils sont tombés dedans quand ils étaient petits. L’âge mou, l’âge soumis, aux désirs insipides, à la rébellion mercantilisée et à la collaboration passive. Ils devraient tout retourner mais ils préfèrent se filmer en train de dormir sur Périscope. Le travail comme idéal ? Quelle drôle d’idée. Il parait que l’homme a besoin de travailler et qu’au-delà de toute considération économique, c’est d’abord une volonté pure et saine. Quelle belle arnaque. Et elle d’abord sémantique.

D’abord l’homme n’a pas spontanément envie de travailler. Il a envie de faire, d’avoir une activité, de créer, d’inventer peut-être mais certainement pas de travailler. En tout cas pas selon l’acception capitaliste du terme. Confondre travail et activité fut le premier traquenard. Plus personne (ou presque) ne le remet en question. Et le syllogisme s’installe : pour se sentir bien et utile un homme doit travailler, or je suis un homme… Donc je veux travailler. C’est « naturel »… Sauf qu’on a confondu deux mots. Et que derrière un mot il y a une idée et que dernière cette idée précise de « travail » il y a une idéologie dominante qui ne dit pas son nom mais qui s’insère tranquillement. Comme Windows dans un PC. Alors plutôt que de vouloir être actif (au sens non-économique), acteur ou créateur, les gens veulent « travailler ». J’en frissonne.

Ensuite, le travail, en plus d’englober et dissoudre volontairement les termes d’activité, création, participation, n’est considéré que d’un seul point de vue : celui du travail salarié. Une rémunération contre une tâche effectuée, une contrepartie salariale. L’homme a envie de travailler ? Certainement pas. L’homme, dans une société capitaliste, a besoin d’un salaire pour pouvoir vivre et exister. Ce qui a une tonalité totalement différente. Car le travail, en fait  « activité », présupposé comme volonté naturelle et humaine n’est en réalité qu’une obligation économique qui enchaine le travailleur et le « payeur » dans des rapports de soumission / domination nécessairement conflictuels. Le travail salarié est au mieux une contrainte, au pire une souffrance, toujours une aliénation. Un travail non salarié peut également être une contrainte. Par exemple, ce matin Jean-Luc a faim. Il doit aller chasser le dalmatien dans les steppes de sa Mongolie natale. C’est con, il aurait bien fait un baby ou commencé la saison 272 de l’Inspecteur Barnaby à la place. Contrainte. Sauf que Jean-Luc va tirer directement profit de sa chasse en consommant les canidés (bien trop nombreux en Mongolie en cette saison) ou en se fabriquant un collier de truffes. Dans le cas d’un travail salarié, il y a une médiation monétaire différée et surtout le travailleur effectue une tâche qui ne l’intéresse pas au préalable, dépourvue d’utilité directe en ce qui le concerne. Et cela dans (s’il faut des stats) bien 90% des cas. Que des travailleurs parviennent à trouver un intérêt voire une satisfaction a posteriori dans l’exécution de leur tâche est autre chose. Heureusement que l’esprit a parfois ces ressources magiques et est capable de tours de passe-passe salvateurs. Mais je ne suis pas sûr que mon ami sur les chaines d’une usine automobile soit passionné par son travail… Je ne suis pas sûr que mon ami qui arrive à 8h au boulot et qui ne rentre chez lui qu’à 21h, sans avoir pu profiter des siens, apprécie son travail. Mais « ils sont bien obligés » de le faire. On touche au point central.

2017 sera dégueulasse. Nous serons plus coriaces. (Travail et démocratie)

Pour avoir un toit, à manger, des vêtements, il faut de l’argent. Ou alors fonctionner sur une économie de l’échange de biens et de services où chacun offre ses performances en échange de celles d’un autre. Mais cette option est tout à fait marginale dans nos sociétés et tout à fait dépréciée. Le troc c’est mal, le capitalisme a raison. Donc il faut de l’argent pour vivre (tout ce blabla pour en arriver là ?). Et à part se la jouer Mesrine, il faut pour cela un salaire. Voilà ce qui justifie tout et n’importe quoi et fonde les inégalités comme le cœur du système. Car qui va pouvoir se permettre de « choisir » un travail qui lui convient, sinon celui qui est déjà privilégié ? Celui qui aura les relations familiales dans la poche, celui qui pourra faire de longues études, qui aura de la place chez lui pour étudier, qui aura des livres… Oui, lui aura bien plus de chances d’accéder à un travail « pas si mal ». Mais l’autre, celui qui a eu la mauvaise idée de naitre du mauvais côté de la ligne, celui qui a grandi à Felix Pyat avec ses 5 frères et sœurs dans un 40m² insalubre et qui porte un prénom à faire se liquéfier Eric Zemmour… Lui aura moins de chance de choisir. Voir aucune chance. Les exceptions existent, mais elles confirment leurs règles. Donc le travail salarié, en plus d’être presque exclusivement contraignant est profondément inégalitaire et cela dès le départ, avant même la moindre goutte de sueur.

Autre absurdité, et non des moindres : l’évaluation monétaire d’un travail. Qui fixe les prix les mecs ? Comment t’expliques qu’un ouvrier qui vient de passer une heure à fixer des essieux pour une voiture ait gagné 3 ou 4 fois moins que celui qui l’a dessinée, dans le même temps ? C’est quoi l’idée ? Moins tu travailles avec tes mains, moins tu te casses le dos et plus tu gagnes d’argent ? Etrange. Travail manuel VS travail « intellectuel ». Pauvres bougres VS élite éclairée. Et ainsi de suite. Le mécanisme de la reproduction sociale est bien huilé et s’épanouit dans ce système capitaliste. Double peine : non seulement ton travail est physiquement pénible et dénué de tout intérêt personnel mais en plus il est très mal payé. Cela sans aucune autre justification que celle du déterminisme social.

Alors c’est là qu’il faut penser en dehors du cadre, ou même repenser le cadre. Et c’est aussi là que je retombe sur mes pattes. S’autoriser à penser que tout membre d’une société, quoi qu’il fasse, produit quelque chose. Et qu’il a le droit de vivre à égalité d’un autre. On a besoin d’une idée majoritaire. Celle de rendre les mécanismes économiques plus juste et justifiés tout en prenant en compte le besoin d’activité. C’est là que je m’efface. Mon idée de base étant séduisante mais peu solide en terme de viabilité et de proposition concrète. J’ai cherché une idée majoritaire déjà aboutie. Alors, ça faisait longtemps que l’idée d’un revenu universel me taquinait. Bien avant que tous les soldats du Capital ne s’en emparent et en fasse une arme à leur service. Je me souviens d’un édito du Monde Diplomatique datant d’une bonne dizaine d’années et signé Pierre Imbert. J’y avais pas pigé grand-chose dans le détail mais l’idée me semblait belle et puissante. J’étais encore trop immergé dans le décor obligatoire pour pouvoir percevoir cette idée comme autre chose qu’un kif de l’esprit. Mais déjà les questions se profilaient. Pourquoi travailler, en tout cas comme ils l’entendent, toute sa vie ? Dans quel but ? Ai-je tort de penser qu’il vaut mieux profiter de sa vie ?... Je voyais alors le revenu universel comme une manière d’y parvenir sans pour autant saisir les mécanismes économiques nécessaires à son établissement.

Il est intéressant de constater que le fait d’en chier pour vivre et de montrer qu’on en chie est répandu comme quelque chose de louable. Montre que tu es capable de trimer et de te priver, montre ton courage dans le labeur et ton abnégation dans les tâches difficiles. Montre ton obéissance à la doctrine. Ne la remets jamais en cause. Penser hors d’elle est penser contre elle. Celui qui s’y prête est moqué, dénigré, qualifié « d’exubérant », d’utopiste. Et si c’est un scientifique alors on le marginalise et les plateaux dorés de la télé le boudent. Cette idée qu’on mérite un morceau de bien-être si on a été sage et dévoué à la tâche m’électrise l’épiderme. Qui a dit ça ? Pourquoi faudrait-il participer à un effort économique dont le fonctionnement est injuste et dont la redistribution qui en découle est profondément inégalitaire ? Les premières réponses automatiques, fidèles au sacrosaint Capital et à la dévotion totale qui lui est due depuis la naissance sont qu’un tel revenu serait « démotivateur ». Un appel malheureux et préjudiciable au vil repos, à la détente, à l’oisiveté coupable. Ce que certains comme Lordon nomme « l’objection du hamac ». Il y a derrière cet « argument » deux idées très fausses et très dangereuses. La première serait qu’il n’ y a que l’argent qui puisse motiver le travail (en plus d’être fausse elle est en contradiction avec leur dogme n°1 : « travailler est naturel »…) et que sans salaire il ne se passe rien. Comme si l’activité n’existait qu’en étant monétisée. La 2e chose est presque plus terrible : affirmer que travailler est moralement plus acceptable que prendre son temps, chiller, trainer… Si je pouvais je serais plus calme qu’un chat sous beuh. Ne rien produire d’autre que les traces de mon cul dans le sable. Tout système de normes et de valeurs est évolutif et arbitraire. Donc quand ce système épuise une majorité de personnes, changer la norme devient vital. Au-delà de s’en convaincre, il faut le faire. Arrêter de moquer l’alternative, se défaire d’un cynisme morbide et hypocrite.

Bref, j’ai longtemps cru que le revenu universel était une bonne idée. Mais d’une part, il a été phagocyté, sali, détourné et transformé en une sorte de RSA amélioré… un truc dégueulasse. Et de plus, je me suis aperçu qu’il n’est qu’un palliatif de plus, une émanation du Capital qui permet d’aménager encore, d’accepter encore des conditions toujours plus dégradées. Voilà pourquoi certains qui ont défendu et façonné « la loi travail » peuvent valider l’existence d’un revenu universel. Tout ça se complète. Nique le code du travail et donne des piécettes à côté. La stratégie est bonne faut le reconnaitre mais elle est cramée.

2017 sera dégueulasse. Nous serons plus coriaces. (Travail et démocratie)

L’idée majoritaire n’est pas là pour aménager. Elle est là pour proposer autre chose. Se défaire du système capitaliste, « libérer le travailleur de son employeur ». Alors, j’arrête de tourner autour du pot : l’idée majoritaire vient de Bernard Friot. Le salaire à vie. Pour tous et à partir de 18 ans. De 1500 à 6000 €, selon les degrés de qualifications passés et acceptés. Ouh je sens que j’en ai perdu… Reviens, tu vas voir c’est bien. J’aurais pu déblatérer et expliquer l’organisation mais au XXIe siècle, une vidéo vaut souvent mieux qu’un long discours. Voici donc la première qui explique le fonctionnement du salaire à vie pensé par Bernard Friot. Elle émane du Réseau salariat (voir ici) et résume en une dizaine de minutes le système.

 

Je ne saurais que conseiller la lecture des ouvrages de Bernard Friot (dont le dernier, Emanciper le travail) et également des multiples conférences qu l’on trouve sur les plateformes habituelles. Les conférences sont évidemment un peu longues (2h parfois 3) mais valent vraiment le coup. Friot y développe ses idées, ses propositions, ses certitudes, ses doutes, les aménagements qu’il anticipe. Parmi celles-ci, deux ont retenu mon attention, celle où il est invité à Sciences-Po Rennes avec Usul (vidéaste amateur, youtubeur de gauche) et celle où Frédéric Lordon est dans la posture du « contradicteur séduit ». Il épouse globalement les proposition de Friot mais le pousse à expliciter des points précis et notamment celui de « la mise au travail ».. sur lequel il émet quelques doutes et s’interroge sur le comment (comme nous). Cette discussion est très riche et pleine de pistes, d’envies et surtout d’ouverture de possibilités. S’il y a des économistes à lire ces derniers temps c’est bien Lordon et Friot. Alors c’est marrant car ils ont tous deux une formation d’économiste mais l’un (Friot) s’est plus tourné vers la sociologie alors que Lordon s’est lui dirigé vers la philosophie. Savants mélanges.

Bref, il y a une vraie idée majoritaire derrière leur travail. Et il faudra la porter haut et fort. Car personne n’est dupe, et Friot le premier : ce genre de proposition est considéré comme impossible, inadaptée, utopique, voire dangereusement communiste… A ceux qui rétorquent qu’un salaire à vie est « totalement délirant » Bernard rétorque et nous rétorquons qu’il existe déjà. Le salaire des retraités (même s’il est inégal) et celui des fonctionnaires. Et c’est là que son idée est puissamment majoritaire : elle se sert de « ce qui est déjà là ». Hors cadre mais en reprenant des éléments existants, en les détournant, en les améliorant puis en les généralisant.

Certains veulent faire croire que l’identité, le terrorisme et la sécurité sont des thèmes majoritaires… Ce ne sont que créations médiatiques et politiques qui satisfont des soifs audiométriques et électoralistes. On le sait. On n’arrête de simuler. Fini de devoir choisir entre être adhérent, complice ou responsable. Le travail est au cœur des réflexions, au carrefour des préoccupations. Il est la clé et il ne dépend que de nous. Pour mieux le penser et s’autoriser à le penser il faut également réviser notre démocratie, lui donner un nouveau souffle. Cesser de croire que rien ne changera jamais et qu’un montre hybride et impalpable navigue au-dessus de nos têtes, limite nos pensées et asservit nos corps. Refuser l’abandon idéologique et la mise au pas devant le culte du compromis. Refuser cette docilité systématique qui condamne au fatalisme et à l’impuissance, au désamour, à la paresse et à l’aveuglement, à l’acceptation. Il s’agit de sortir de la société de la méfiance et de l’évaluation généralisée, du repli et du bouc émissaire. Sortir de l’image toute puissante, du culte du vide et du cynisme blasé. Reprendre la démocratie, la remplir. La vider du superflu et des trompe-l’œil. La dissocier une bonne fois pour toutes des politiques corrompus et de leur mépris du peuple (non-respect des votes, décalage avec la réalité, mensonges de campagnes) et leur soif pathétique et maladive du pouvoir. Cette façon de faire de la politique est destructrice, elle entraine des réactions simplistes et symptomatiques de l’époque : complot, paranoïa, esprit de meute, repli identitaire… Les responsables de ce bordel, flatteurs professionnels des bas instincts, doivent rendre le pouvoir et répondre de leur incompétence. Nous les combattons et les nommons. Comme l’a dit Lordon : « Ce pays est ravagé par deux violences à grande échelle : la violence du Capital et la violence identitaire raciste. Nous ne sommes pas ici pour faire de l’animation citoyenne all inclusive comme le voudrait Laurent Joffrin et Najat Valaud-Belkacem. Nous sommes ici pour faire de la politique. Nous ne sommes pas amis avec tout le monde et nous n’apportons pas la paix. Nous n’avons aucun projet d’unanimité démocratique, nous avons même celui de contrarier sérieusement une ou deux personnes ». Refuser le carnaval fait partie de l’action. Il n’est pas que démotivation et rejet stéril. Il s’inscrit dans une volonté de changement. Celui d’un autre rapport au pouvoir et à la démocratie. Les mentalités changent lentement mais aucune action n’est oubliée. Le bipartisme matraqué et les mises en scène grossière de la démocratie à la télévision (avec un « panel de français »)… s’il vous plait, un peu de retenue. Une idée majoritaire qui circule et qui parait incontournable est celle d’une VIe République, avec l’établissement de vraies règles démocratiques, où le peuple n’est pas qu’une machine à voter mais redevient porteur du pouvoir qu’il partage. Elle est portée par des personnes moins révolutionnaires et plus ancrées dans le système (Mélenchon) mais dont la sincérité ne fait aucun doute. Assemblée constituante, tirages au sort… : les alternatives sont proposées, elles existent. Elles sont pensées.

Ces deux idées majoritaires ont fait leur chemin : le salaire à vie et une VIe République reposant sur une assemblée constituante. Elles ne sont pas seulement séduisantes, elles sont nécessaires et possibles. Des voies divergentes ont éclos et parfois de manière significative : Podemos, Corbin et même Bernie Sanders (il a marqué les esprits). Nous sommes des diffuseurs. Vive l’alternative et la démocratie 3.0.

Finalement 2017 sera riche, passionnée et passionnante, viscéralement politique. On la vivra avec amour, espoir et connaissance. Avec naiveté s’il le faut. Avec conviction, c’est une certitude.

2017 sera dégueulasse. Nous serons plus coriaces. (Travail et démocratie)
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