La fabrique de l'opinion

J'ai le poil sale et je traine la patte, je suis revenu dans l'arène, l'air hagard, gueuler avec les hyènes. J'ai participé au carnaval, alors que j'avais couiné qu'on ne m'y prendrait plus. Mais je vais pas miauler, la jouer tête basse et le museau honteux. J'ai voté, en mon âme et conscience, sans même me boucher le nez. J'ai joué selon leurs règles. J'ai honoré cette démocratie qu'il dévoient tant. Par superstition j'ai pas osé espérer trop. J'ai dit à qui voulait l'entendre mes scénarios et mes pronostics, comme pour conjurer le sort. Mais je l'avoue, au fond de mon coeur et de ma caboche se planquait cette idée... Et si ça marchait? Et si pour une fois les gens regardaient ce bordel et se disaient "nan c'est plus possible, on peut plus être aussi cons..." J'me suis dit qu'il devait y'en avoir d'autres, des comme moi, et que si on s'y remettait un peu bah toi, plus moi, plus eux plus tous ceux qui le veulent... ça pourrait compter. Ca pourrait peser. Alors le Jean-Luc a fait un bon score. Et d'un côté c'est rassurant. Mais de l'autre évidemment c'est frustrant. Se dire qu'on était pas si loin du déclic mais que finalement les gens ont préféré choisir un banquier racoleur et une vieille peau xénophobe. Le pouvoir de l'argent et de la peur. Nos deux ennemis réunis. Alien VS Predator.

Alors devant ce bon score de Mélenchon, les commentateurs se sont empressés de dire que la "désunion" de la gauche était responsable de la défaite et que chacune de ses composantes ne devait s'en prendre qu'à elle-même. Une fois encore s'impose cette idée de compromis systématique, d'alliance batarde au calcul nauséabond. Cette idée qu'il faut nécessairement plier, ravaler, tronquer pour "s' adapter" et être plus fort, plus visible car déjà formaté comme ils le veulent. Mais aucun de ces journalistes stars, de ces éditorialistes complices et de ces "propagandistes objectifs", n'a jamais remis en cause son rôle dans cette campagne, son impact sur le vote. Car d'où viennent ces deux candidats qu'on nous annonce au second tours depuis des mois maintenant...? D'où viennent ces deux tronches de fion sinon des tribunes médiatiques qui leur ont été gracieusement offertes? J'ai déjà parlé de cette "dédiabolisation" dont les mêmes médias avaient le vice de s'étonner alors qu'ils la créaient de toute pièce, la cautionnaient et l'alimentaient chaque jour, excités par la bête. Marine partout, de Femme Actuelle au Monde, en passant par Pif Gadget ("A l'intérieur, un vrai oeil de verre en cadeau! Ouvre-Vite!")

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Mais le phénomène médiatique de 2016-2017 est incontestablement notre jeune "ni-de-droite-ni-de-gauche-bien-au-contraire". Macron est un pur phénomène médiatique au sens premier du terme. Il a été créé de toute pièce par les médias. Ce journalisme de classe a cédé comme à chaque fois à son vieux fantasme, celui d'un pseudo "centre" totalement illusoire. Un jeune banquier fougueux. Ils l'ont tour à tour et sans rougir, qualifié de "révolutionnaire", "iconoclaste", "anti-système"... Lui, le pur produit étiqueté Made in Mediacracy. Fallait oser. Mais vous savez ce qu'on dit à propos des cons. Alors ils n'ont cessé de se répondre, par unes interposées, et de louanges en déclaration d'amour ils ont façonné un enthousiasme de toute pièce. Excités par leur nouveau produit ils l'ont chouchouté, se sont impatientés, on trépigné pour qu'il se déclare... Mais qui le souhaitait? Qui voulait voir cette coquille vide et lisse prendre de la hauteur à part ces vieux éditocrates qui matent les sondages comme un ado sous biactol découvre Youporn? Tout le monde s'en battait les reins du wasp en culotte courte. Mais c'était sans compter l'acharnement et la foi médiatiques. Leur élu a commencé à marcher. Ils ont versé une larme et ont repris plus violemment encore leur conquête et leur fabrique de l'opinion.

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Mais leurs efforts se voyaient menacés par la montée d'un autre candidat qu'ils pensaient "stabilisé", incapables qu'ils sont de penser en-dehors de leur plafond de verre crânien. Jean-Luc Mélenchon venait chagriner leur "plan". Alors entendons-nous bien. Ces couillons d'éditocrates ne complotent pas ensemble, ne se réunissent pas le soir pour faire des stratégies, ne s'apprécient d'ailleurs pas plus que ça j'imagine. Je ne vais pas flinguer cette gangrène qu'est le conspirationnisme au détour d'un article pour ensuite céder et écrire avec ses termes dans un autre. Les types ont les mêmes intérets économiques, financiers et donc politiques. Point barre. Et je cite à nouveau cette phrase d'Accardo (oui je l'aime bien celle-là) :  Il n'est pas nécessaire que les horloges conspirent pour donner pratiquement la même heure en même temps, il suffit qu'au départ elles aient été mises à l'heure et dotées du même type de mouvement, de sorte qu'en suivant son propre mouvement chacune d'elles s'accordera grosso modo avec toutes les autres. La similitude du mécanisme exclut toute machination. Les stars de l'info ne conspirent pas. Mais leur impact est colossal. Alors quand Jean-Luc a menacé leurs intérêts, ils ont griffés.

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Il craint rien ce Patrick Cohen. Content de son coup (en carton)... Vraiment pitoyable.

Bref. Pour une analyse moins braillarde et surtout bien plus détaillée que la mienne sur la fabrique de l'opinion autour Macron, check ça vieux loutron : macronmania

(*Je leur ai même fauché l'image des unes avec Macron )

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