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Bon j'avais parlé d'une année qui s'annonçait dégueulasse, et je dois dire que jusqu'ici le contrat est bien rempli. Me filez pas de médaille, j'aurai préféré me planter. Et puis je prenais peu de risque. Tu mélanges des idées rances, de l'eau croupie, un capitalisme de premier choix quelques tranches de politicards voyous bien graisseux, un zeste de journalisme anesthésiant... tu saupoudres le tout de campagne présidentielle et tu obtiens une mixture plus vomitive que le pet d'une hyène ouzbèke sous moussaka.

Dans tout ce bordel certains se tiennent droit et se préparent à ravaler leur démocratie, mettre leur costume du manche-di et jouer selon les règles. Et je respecte cela. Même si je prône autre chose, je comprends (un peu) la démarche et je salue même, pour quelques uns d’entre eux, la décence et le fair-play. D’autres, par contre, sont transcendés durant ces périodes troubles et passionnées, choisissent un camp improbable, se sentent investis d’une mission et blablatent à tort et à travers. Ils parlent fort et rabrouent, ils sont persuadés et ne se permettent aucun doute. Hystérisés qu’ils sont par ce sentiment soudain de toucher au but, de flotter au-dessus de la masse ignare. Ils propagandent et attaquent, galvanisés par leur révélation fraiche. C’est intéressant comme les « campagnes » révèlent les visages et contraignent les discours. Certains ne peuvent plus se cacher et giclent leurs pensées politiques comme un ado nous fait une poussée d’acnée. Les mots éclatent et suintent de toute part, ça en fout partout. Alors ça valide le dernier gourou à la mode que certaines arrière-salles du net ont fait éclore. Les types marchent sur l’eau et te regardent de biais avec ce sourire en coin qui te dit : « mec t’es vraiment trop con pour comprendre où j’en suis ». Ils se sentent loin, gravitant à 1000 lieues au-dessus de la mêlée. Et ne t’avise pas de critiquer leur nouveau champion, ils ne supportent ni la contradiction ni la nuance. Car c’est bien là le problème : ils croient en un homme, nous croyons en des idées.

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Je me rappelle de ce gentil reggaeman des beaux quartiers du Snam, qui critiquait « Babylone » avec audace et sincérité :) Entré dans l’arène politique sur le tard, il s’est mis à biberonner du Soral et à porter des t-shirts anti-Illuminati. Il était surement tombé sur une vidéo. Que dis-je ? LA vidéo. Celle où TOUTE la vérité était dite, sous fond de musique inquiétante, celle qui flattait ses fantasmes d’un monde scénarisé. Je l’avais revu par hasard, j’m’étais un peu foutu de sa gueule pour son bien, puis on avait discuté. Il m’avait tranquillement expliqué que le capitalisme, l’anarchisme, le communisme c’était le même délire. Une émanation commune d’un des maitres du monde. Après avoir bien ri, j’ai frémis. Car le type avait autant d’humour que Vladimir Poutine lors d’une soirée d’Halloween. Plus sûr que lui y’a pas. Alors on a arrêté là. J’étais du côté obscur. Et puis les années ont coulé. Il a certainement passé tous ses diplômes de connaissance supérieure entre temps. Et, alors que je ne m’y attendais pas, un ami m’a donné des nouvelles de notre chercheur dogmatique. Figurez-vous que le benêt a désormais un nouveau gourou. François Asselineau. Oui oui t’as bien lu. Mais alors, te dis-tu, par quel tour de passe-passe savant notre jeune si bien éclairé, s’est-il dirigé vers ce très droitier personnage à l’air bonhomme ? En vérité, ça reste un mystère pour moi. Mais je continue de chercher. En tout cas, ça reste à surveiller, car ce fait aurait pu passer pour un délire personnel d’un traqueur assermenté de reptilien infiltré en perte de vitesse s’il n’avait pas eu un certain écho autour de moi. Il semble que cet Asselineau en fascine quelques-uns. Et bien que peu nombreux, ils se font voir et entendre.

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Tout ce blabla pour dire que la fascination enlève toute réflexion critique pertinente et que l’engagement dans un parti, aussi noble soit-il, s’accompagne souvent d’une perte sèche de 21 grammes. Mais qu’on ne me reproche pas de ne pas m’engager sous prétexte que je n’adhère à aucune ligne de la politique institutionnelle. Plus j’ai muri mes idées, plus j’ai affiné ma pensée politique et plus elle s’est éloignée de toute carte, de toute doctrine et de toute étiquette. Ce qui évidemment ne fait pas de moi un de ces gastéropodes sous morphine qui couinent en chœur pour ce jeune jouvenceau aux joues rosées qu’on nomme Mac Rond. Le chevalier, adoubé par les seigneurs médiatiques, n’en finit plus de se répandre et de clamer qu’il est « ni de droite ni de gauche »… Quelle grossièreté. Quel manque de culture politique et pour le coup, d’engagement. Quel mensonge ridicule. « Mais tu bluffes personne, chérie ! ». Nier les oppositions revient à lisser les points de vue et au final, n’en adopter qu’un : celui qui domine déjà. Tout le monde sait qu’être « ni de gauche ni de droite » c’est être de droite. T’es pas le premier à avoir essayer Manu. Rentre chez toi et vas finir tes devoirs.

Si je refuse l’engagement institutionnel par stratégie, je me réclame cependant sans détour de la gauche. Pas de grosse surprise dans les rangs de ceux qui me connaissent et me lisent ici parfois. Pas de médaille réclamée là non plus, ni d’indécence politique aboyée facilement. Juste une mise au point. Je suis de gauche. Pas celle de Hollande, ni de Valls… (qui croit encore en leur mascarade ?) ni celle de Hamon, ni même celle de Mélenchon. Je ne suis pas de la gauche d’étiquette. Je suis de la gauche du bide et du cœur, celle de l’amour, de la connaissance, de l’espoir, de l’humain, celle qui croit au progrès social, celle de l’émancipation, celle qui refuse le déterminisme dicté par « les marchés financiers », celle qui lutte, qui propage, celle qui donne et partage, celle qui refuse les schémas, ne criminalise pas la solidarité, celle qui ne se soumet pas, celle qui n’abdique pas sous prétexte que le globe est capitaliste. Je le dis ici et ça fait du bien. Je n’en tire aucune gloire et je dois certainement faire bien mieux pour être à la hauteur de ma facile tirade. Je le dis car j’ai souvent refusé le carnaval ces dernières années. Et jusqu’il y a peu, je le refusais encore cette année. Mais justement au nom de cette gauche, au nom de ces idées, je vais faire une exception. Participer au compromis sans trop me compromettre. Sans trop d’illusion mais avec une conviction en acier trempé. Je vais voter au premier tour. Je vais voter utile, comme ils le disent avec cet air malsain et fataliste. Je vais voter pour celui dont les idées et le programme se rapprochent le plus des mes convictions et de ce que je crois être bon.

Et soyons clair, je ne voterai ni avec dégoût ni avec douleur car l’homme dont on parle ici a du respect pour la politique, connait ses sujets et avance certaines idées progressistes que je valide à 100%. Il a la rhétorique savante, le fond et la forme. Il est le seul que ma gauche n’a pas de honte à valider temporairement. Et qu’on aime le bonhomme ou pas, je le répète, il n’est pas question de ça. Surtout pas. Il est questions d’idées et de contenu, de changement, d’investissement et de sérieux, de démocratie et de pouvoir populaire.

Bref vous l’aurez compris, je vais voter utile. Je vais voter Mélenchon. Et je vais le faire avec plaisir.

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