Coupable

Ce petit cadre en culotte courte n'a rien eu à faire pour débarquer au 1er tour, porté par ses soutiens médiatiques bénévoles. Au second tour certains découvrent que le garçonnet n'est qu'un énième gardien de l'inertie capitaliste dans ce qu'elle a de plus vil... qu'il a le charisme d'un bulot et la répartie d'une carpe sous cachetons. Et malgré ses titres de presse, le 1er de la classe est le système dans toute sa splendeur. Arrivé dans le microcosme politique grâce à sa collaboration avec une gauche d'étiquette qui renie ses valeurs fondatrices et reconnait le capitalisme comme indépassable, le petit Emmanuel était comme un porcelet dans la boue. Ses mesures économiques en tant que ministre, la loi qui porte son nom et ses sorties au sein du "vrai peuple" ont montré combien il n'était qu'un agent docile d'un système qui ne prend soin que des puissants et méprise les plus démunis. Et c'est bien là le problème. Beaucoup de Français (oui, comme les politiques j'en connais beaucoup ;) ont montré qu'ils ne voulaient plus de ce système d'élites dont le seul objectif est de péreniser l'absurdité.

Et Macron en est un archétype. ENA, banquier chez Rotschild, ministre d'une gauche qui ne rêve que de droite... Ses partisans mediatiques ont eu beau le présenter comme un "révolutionnaire" de la politique, chacun sait que le cadre supérieur qui vient de muer a des idées aussi vieilles que la carcasse de sa meuf.

Tiens pas encore une ligne pour l'épouvantail.. pas un mot pour la bête immonde.. Ferais-je "le jeu du Front National"..?

Pour certains critiquer Macron en une telle période est au mieux suspect, au pire criminel. Depuis l'annonce de ce 2e tour, qu'ils ont pourtant martelé dans les esprits depuis plus de 6 mois, c'est l'état d'urgence de la politique. Période où les cerveaux se déconnectent et où la démocratie, en danger disent-ils, dicte la bonne façon de voter. Alors les éditorialistes en mission s'enflamment, éructent, hystérisés par cette catastrophe annoncée et dont ils se délectent secrètement. Car en ces temps troubles, ces journalistes masochistes frétillent, transcendés par l'urgence (partiellement artificielle) qu'ils alimentent. Certains disent même que depuis les résultats du 1er tour, Patrick Cohen vient à France Inter dans une même tenue printanière : un débardeur en papier crépon, un string en laine de verre et des chaussettes en cuir avec un emplacement individualisé pour chaque orteil. Une source anonyme a même indiqué qu'entre deux prêches salvateurs, notre missionnaire excité demanderait à son assistante de lui agrafer les tétons sur la table d'interview en le traitant de "connasse".

Mais ces paroliers sans profondeur ne font pas tout le boulot. Une fois qu'ils se sont répandus en long en large et en travers dans la presse, à la radio et à la télé, ils laissent leur discours infuser. Et ça prend. Chacun devient le moralisateur d'un autre, chacun va prêcher à son tour, reprenant à son compte les formules calibrées par d'autres. "Tu fais le jeu du FN", "c'est le front républicain", "viens pas te plaindre après"... Collègues, potes, parents.. au garde-à-vous. Et c'est amusant comme certains se sentent soudainement investis en politique et se transforment en anges-gardiens. Le reste de l'année (des autres années..) vas pas leur parler politique, ça les fatigue vite. Leur raconte pas la collusion entre médias et pouvoir, la perte de souffle de cette démocratie, ils trouvent ça pesant et te conseillent "d'aimer la vie" (alors que tu l'aimes bien plus qu'ils ne le pourront jamais..;). Mais là c'est différent. Là y'a match les gars. Messie VS diable. Bien VS Mal. Yoda VS Vador... Ça s'électrise, ça fait le foufou. Et ça te donne des leçons de démocratie et d'antifascisme.. Ce serait presque drôle si ces militants tardifs ne croyait pas dur comme fer à leurs diatribes creuses. Tu luttes contre le fascisme? Sans déconner? Putain ça c'est osé. J'suis scié. Méchant engagement. Et moi je suis contre la guerre et le sida.

Et comment tu t'y prends? Tu votes...? Tous les 5 ans...? T'es un violent toi. Quoi..? La..? Démocratie..? Ah d'accord. Finalement tu chies dans une urne tous les 5, 10 ou 15 piges et c'est ça qui te gonfle les balloches? Tu t'enorgueillis de participer à un vote de commande? Wesh Kevin, bombe pas le torse, t'as pas d'âme comme Depardieu dans une foire aux vins.

Les fafs on combat leurs discours, on les démonte, on enseigne. On les traque dans les moindres recoins du net comme dans les rues. C'est ainsi, on a ça dans l'ADN. Alors viens pas nous donner des leçons de militantisme sur ce point. Et cette accusation de "faire le jeu du FN" car on refuse de tapiner pour Macron et de se compromettre, en plus d'être une insulte impardonnable, est triplement fausse. C'est à nous qu'tu parles comme ça..??

Coupable

Nous avons joué selon les règles. J'ai joué aussi. J'ai voté, comme 7 millions d'autres, pour un programme qui mettait en avant l'humain, qui voulait rendre à la démocratie ses lettres de noblesse et qui lutte corps, cœurs et âmes contre le fascisme le plus vil. Les grands médias eux, et tous leurs relayeurs dociles et bénévoles, ont exorté à "voter utile" dès le 1er tour pour un énième pantin qu'ils trouvaient présentable et garant de l'ordre établi.

Ensuite clamer qu'il faut voter pour un type sans réfléchir me parait très suspect quand on affirme lutter contre une extrême-droite dont chacun sait qu'une bonne partie de l'électorat repose sur la haine, la peur et l'ignorance.

Dernière chose: à quoi ressemble une démocratie qui baisse la tête, qui se contraint et se dévoie systématiquement, qui cultive le compromis plutôt que de le craindre, qui se satisfait du moins pire et ordonne plutôt que de suggérer? Où est-ce que cela la mène sinon vers une détestation d'elle-même? Et quand une démocratie n'arrive plus à se regarder en face... ça sent le sapin.

J'ai découvert le vote en 2002, tout frétillant que j'étais. J'ai vite fait été calmé quand au second tour on m'a dit que Chirac était le dernier rampart de la démocratie face au borgne haineux. Et à l'époque j'ai joué ce putain de jeu. J'ai fait ça. J'ai voté pour celui qui avait parlé "du bruit et de l'odeur" en son temps. T'imagines que j'étais pas tellement à l'aise quand je suis sorti de l'urinoir, de l'isoloir.

Et à ce malaise est venu se greffer la douleur. Comme une claque dans la glotte. Le type a été élu à 82%.. Autant vous dire que le corrézien amateur de tête de veau s'est senti l'âme d'un dictateur africain. Lui n'a pas tellement été dans le compromis... Une politique de droite dure pendant 5 piges. Le gars sortait avec un maillot floqué d'un 82 dans le dos, les deux majeurs tendus, en se croyant dans un clip de Snoop.

Coupable

Première grosse désillusion démocratique.

Je me rappelle à l'époque les manifs, les bérus en bande-son, les slogans, "1ere, 2e, 3e génération..." et toute la panoplie. Nous, lycéens enthousiastes et fougueux. On nous aimait, on dressait un portrait élogieux de notre engagement à la télé, dans les journaux. Ils étaient fiers car on faisait ce qu'ils attendaient de nous.

Ce n'est plus le cas. Il y a quelques jours j'ai entendu une chronique dégueulasse de Sophia Aram. Bon c'est sûr, déjà on partait pas bien. La subtile chroniqueuse avait enfilé ses habits (bon marché) d'analyste politique. Elle parodiait les lycéens en ados attardés en prenant une voix ridicule et en usant d'expressions bouffonnes. Ces mômes qui osaient gueuler "Ni patrie, ni patron, ni Marine, ni Macron" étaient forcément des débiles profonds privés de libre-arbitre et influencés par des gourous irresponsables. Ils osaient ne pas suivre la ligne. Inconscients qu'ils étaient... Sophia, Sophia, Sophia... achète un bouquin "les chroniques pour les nuls", vas à des séminaire, fais un stage.. j'sais pas moi.. écoute P.E Barré, pose-toi des questions. Entre le vide sidéral et la médiocrité, on sait plus où ça finit.

Bref, j'ai voté en 2002. Sali et déçu mais encore debout. Alors j'ai voté en 2005, pour dire non au TCE comme 55% de français. Puis on s'est fait expliquer gentiment qu'on avait mal voté et que finalement ce serait oui car soit on était trop cons, soit trop communistes pour pouvoir faire un tel choix. Les médias qui avaient propagandé de manière honteuse pour le oui (et qui l'ont pour beaucoup reconnu depuis d'ailleurs) n'ont évidemment pas bronché. Curieuse cette démocratie et cette tendance récurrente à dicter le bon vote.  Cette fois on était en pleine enculerie assumée. "T'as voté? On s'en bat les reins, tu comprends rien t'façon".. Puis Sarkozy en 2007. Aie. J'ai pas participé à ce carnaval. Mais je me souviens d'où j'étais les soirs du 5 et 6 mai 2007. Rennes s'en souvient aussi. Puis Hollande en 2012, "mon ennemi c'est la finance" pour ensuite nommer Macron ministre de l'économie. C'était pas mal ça, entre autres fourberies. Je continue ou tu vois où je veux en venir..?

Y'a encore des types qui se demandent pourquoi les gens ne votent plus, se tournent vers les déchets racolleurs comme Soral, croient en des théories moins bien scénarisées que Plus Belle La Vie, et font des choix débiles et dangereux pourvu que ce soit pas ceux qui leur sont dictés..

Coupable

Le Pen n'est pas moins hors système que Macron. Bien au contraire. Riche héritière, fille à papa et surtout femme politique engluée dans la corruption, la dissimulation et le mensonge, Le Pen a tout du parfait politique qui profite du système. Jouant des failles et des immunités elle emmerde la justice et fait des fuck quand elle est convoquée. Mais alors pourquoi arrive-t-elle encore a surfer sur une image fabriquée de toute pièce de quelqu'un qui serait "anti-système" et "proche du peuple"..? A part le fait qu'elle sait très bien flatter les bas instincts et distiller la haine à ceux qui n'attendent que ça, Le Pen a un autre atout dans la poche et non des moindres: les médias la présente comme le mal. Et ça, dans une époque où les gens se méfient de toute information officielle, parfois jusqu'à la déraison, c'est du pain béni (par Civitas). Depuis 15 ans, les médias n'ont cessé d'afficher leurs copinages, leurs états d'âme et leur mépris de classe. Ils ont été les relais systématiques du "bon vote" quitte à être complètement en opposition avec les choix populaires. Beaucoup de gens ne le tolèrent plus. Certains le font de manière pesée et raisonnée. D'autres les rejettent en bloc de façon épidermique et explosive. Du genre: c'est "interdit" par les médias donc je le fais. Réaction puérile et surtout complètement absurde et irresponsable. Mais compréhensible. Les médias ont montré leur mépris à l'égard de candidats comme Philippe Poutou ou Nathalie Artaud. Par leurs mots, leurs gestes, leurs montages. Ils ont fait campagne. Comme ils l'ont fait en 2005 de manière grossière mais comme ils le font tout le temps. Ils ont étalé leurs mépris des classes populaires et leur soumission aux puissants avec de moins en moins de retenue. Pujadas demandant quasiment à Xavier Mathieu de s'excuser en direct après les évènements dans la préfecture Compiègne. Ou cette histoire de chemise arrachée… Tout cela trahit des "camps", des positions, des réflexes de classe. Et pour beaucoup l'idée s'est imprimée que les médias servent le pouvoir au détriment des peines et des souffrances des gens d'en bas. A tel point qu'ils ont réussi à inspirer le dégoût et une rupture définitive. "FN premier parti de France" pouvait-on lire il y a encore quelque temps. Cet état de fait n'est pas dû qu’à une montée en flèche du racisme et du repli sur soi (même si les Sarkozy, Guéant, Hortefeux et Valls ont bien oeuvré en ce sens) mais bien parce qu'une bonne partie des électeurs décident d'emmerder le monde et de voter contre ce qu'on tente de leur imposer. Jusqu'à accepter de voter pour un parti d'extrême-droite. Et le pire dans tout ça c'est que ceux qui crient au loup aujourd'hui sont ceux qui l'ont fait entrer dans la bergerie. Qui a amené le FN de plus en plus dans les salons, les magazines, à la radio?  Qui en a fait "un parti comme les autres"? Qui n'a cessé d'inviter de "nouvelles figures acceptables" comme cette merde de Philippot? Qui a fait semblant de confondre l'extrême-gauche et l'extrême-droite? Offrant ainsi au FN une occasion inespérée de décorer son programme avec des mesures sociales en apparence?

Et après les mêmes se sont étonnés que le vote FN était majoritaire chez les ouvriers...? On ne peut pas jouer inlassablement avec les peurs, les mensonges et la propagande sans qu'à un moment la démocratie en paye le prix.

Coupable

Je résume. En quelques années, les médias influents et chiens de garde fidèles ont "dédiabolisé" le FN, macronisé l'opinion, caricaturé Mélenchon et tout ceux qui proposaient des projets de société alternatifs et tenté mais bien trop tard de "rediaboliser" Marine Le Pen. Puis la prophétie se réalise, ils nous ordonnent alors de voter pour leur poulain en nous disant que si on ne s'éxécute pas c'est comme si on votait front national... C'est balaise ça. Fallait oser. Et le bureau de vote il est où? A la Fistinière?

Alors c'est ça le choix? Capitalisme ou fascisme? On en est toujours là?..

D'ailleurs j'ai jamais saisi la différence profonde. En tout cas si ces deux-là se la jouent ennemis, ils semblent perdus l'un sans l'autre.

Le capitalisme agite le fascisme comme un épouvantail, il lui permet de durer et de détourner les regards des absurdités qu'il engendre. "Regardez, le loup!" Et pendant ce temps là, il tringle la bergère et tond les moutons en plein hiver. Le fascisme, lui, s'abreuve des inégalités et des rapports de domination intrinsèques au capitalisme pour pouvoir diffuser facilement sa haine dans des corps meurtris et des esprits conditionnés.

Sale histoire.

Alors, s'il est évident que Macron n'est pas Le Pen, comme il est évident qu'il vaut mieux se faire couper les couilles plutôt que la tête, il m'est plus évident encore, qu'après toutes ces enfilades en série et les sermonts de tous ces pompiers-pyromanes, que le refus de se compromettre est salutaire.

Je ne me sens pas responsable de la montée de cette vomissure de Marine Le Pen. Ni hier, ni aujourd'hui, ni demain. Par contre j'ai quelques noms en stock. Que les donneurs de leçons aillent se faire foutre, je n'ai jamais prêché que de l'amour. Dans mes colères comme dans mes joies, dans mes doutes comme dans mes choix. L'abstention en est un, ne vous y trompez pas. Et aux retorqueurs qui rétorquent, à ceux qui disent que ça ne sert à rien et qui pensent que les lois, la démocratie telle qu'elle est et les règles électorales sont indépassables, je réponds qu'une élection ne peut pas se relever d'une abstention fleuve. Personne n'est légitime avec 20% des votants. La rue ne l'accepterait jamais, même désunie. Bien-sûr ça ne se produira pas et ça ne m'a qu'à peine effleuré l'esprit je l’avoue. Mais parmi les prophéties et les scénar catastrophes qu'on nous inflige celui-ci n'est pas moins légitime.

Si, une dernière question dans le fond de mon crâne, pour tous les dicteurs du bien. Qu’auriez-vous fait en cas de second tour Fillon - Le Pen… ? Le prêche aurait-il été le même…? La pseudo-croisade antifasciste serait-elle finalement à géométrie variable ?

Dernière chose. A mes amis qui voteront dimanche pour Macron, pas par choix, ni par adhésion, ni même parce qu'on leur a dit, mais bien parce qu'ils ont encore des forces, de la liberté et des envies, des convictions et de la hauteur, je vous comprends et vous remercie.

On se retrouvera dans la rue, pour le 3e tour, bras-dessus bras-dessous, le cœur vaillant et le cuir solide.

Coupable
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